Vivez quand il est encore temps

Il y a des gens qui oublient de vivre, qui n'osent pas vivre parce qu'ils ont peur du jugement des autres, qui ne savent pas décider et qui remettent toujours à plus tard... Et la vie passe, les cheveux se raréfient ou blanchissent, et la vie passe et les rapproche inexorablement de l'instant où ils devront rendre des comptes surtout à eux-mêmes, au moment de la mort qui arrive pour tous, et ce jour-là, ils verront défiler leur vie.

Qu'ai-je fait, qu'ai-je accompli, ils se souviendront des émotions vécues puis ce sera le dernier instant.

Pour certains ce sera très bientôt, pour d'autres ce sera plus tard, et pour d'autres encore ce sera rapide, imprévu... Mais dans tous les cas, la mort arrivera, car la vie passe, quelle que soit la façon dont on la vit. Elle nous conduit tous au jour du jugement final, qu'on devra poser sur nous-mêmes et que les autres poseront sur nous.

Ces gens qui oublient de vivre quand il est encore temps, ont pourtant rêvé... qu'ils voulaient changer le monde, devenir riches, vivre le grand amour et de folles aventures sexuelles... mais ils n'ont pas osé vivre leurs rêves. Puis avec l'âge, à force de couper leurs cheveux, ils ont coupé leurs idées, leur sexualité a ralenti et ils sont entrés tout doucement dans la vieillesse de l'esprit. Ils deviennent alors hostiles à toutes les nouvelles idées, à tous ceux qui osent jouir de la vie, ils deviennent intolérants, aigris.

De temps à autre, ils se regardent dans le miroir: «Que suis-je devenu, qu'ai-je fait de mes rêves, j'étais révolutionnaire, je portais les cheveux longs et des chemises à fleurs» et leur miroir implacablement leur renvoie: « Te voilà vieux, tu es rentré dans le rang, tu t'es normalisé».

Et l'angoisse les prend d'être vieux mais en réalité ils ne sont pas plus vieux maintenant qu'il y a 20 ans, parce qu'ils étaient déjà vieux à 25 ans.

Certes pendant quelques mois ou quelques semaines ils ont été jeunes, ils voulaient changer le monde, et puis ils sont rentrés dans le rang et ils ont été vieux aussitôt. A 50, 60 ans, ils sont toujours vieux, pas plus, pas moins qu'avant. Il est très difficile de changer quand on a cessé de vivre depuis si longtemps, parce que les neurones prennent une certaine position, les connexions se sont organisées puis durcies à force de répétitions. C'est comme un arbre qui aurait pris un mauvais pli, il sera impossible qu'il se déploie sans casser. On ne pourra jamais faire un grand arbre d'un bonsaï, parce qu'il est rabougri.

Ces gens dont l'esprit est vieux sont pareils au bonsaï, ils sont rabougris et lorsqu'ils regardent les jeunes de 30, 40, 50 ans et plus, qui sont épanouis, qui continuent à vivre leurs rêves de hippies, de révolutionnaires, de jouisseurs, et qui ont su pousser en croquant la vie à belles dents, ils sont évidemment dérangés par ces quelques-uns, qui sont comme de grands arbres dont la tête touche le ciel et les pieds bien ancrés en terre, qui répandent le parfum de leurs fruits, leurs fleurs, afin d'enchanter la planète... et cela les rend envieux.

Nous avons un capital temps, ne le gaspillons pas. Chaque minute de notre vie est précieuse, notre temps est compté sur cette planète. Chaque seconde qui s'écoule dans notre cerveau est comme un nectar dont il ne faut pas perdre une seule goutte, car chaque minute qui passe, chaque instant qui s'envole ne pourra plus être revécu.